Kate Kovacs, la détective canadienne venue d'Europe


Carole Tremblay

Édition du samedi 1er et du dimanche 2 octobre 2005


Le Canada est un bien vaste pays, c’est connu. Deux solitudes obligent, il est très rare que les lecteurs québécois aient accès à de la fiction qui se déroule dans les « grands espaces canadiens ». Finalement, le ROC est beaucoup plus exotique pour les jeunes d’ici que la France, l’Angleterre ou les Etats-Unis qu’ils découvrent via le cinéma, la télévision et les traductions littéraires. Il fallait bien une Toulousaine pour choisir la Colombie-Britannique comme toile de fond à ses romans et réussir à nous en brosser un tableau vivifiant.


Les quatre premiers tomes de la série CSU (Crime Support Unit), lancés d’un bloc au début de l’été, racontent les tribulations d’une équipe d’enquêteurs d’élite de Vancouver, dirigée par la très rationnelle détective Kate Kovacs. La jeune célibataire ne fait pas dans l’état d’âme. Elle gère son équipe avec efficacité, refoulant juste assez émotions et souvenirs personnels pour garder le contrôle de la situation sans perdre son humanité.


Les intrigues réglées avec minutie par Caroline Terrée frappent justes et forts. On est dans un Canada contemporain aux prises avec des problèmes actuels. Les personnages, aux antipodes des caricatures de canadiens de Fred Vargas, jouent leur rôle sans en remettre une couche pour la galerie parisienne. Pas de bûcherons mal dégrossis à l’horizon, pas plus que d’Amérindiens de pacotille.


Dans Portée Disparue, le premier tome de cette passionnante série, l’agente Kovacs doit retrouver Rachel Cross, une étudiante de 24 ans. Fille d’un riche sénateur américain, la jeune femme est disparue après avoir abandonné sa voiture dans le stationnement d’un parc de Vancouver où elle faisait son jogging. Suicide ? Enlèvement ? Assassinat ? Le suspense s’étire délicieusement jusqu’à la fin. Le Phénix, qui prend Squamish, une petite ville à une cinquantaine de kilomètres au nord de Vancouver, comme décor, nous plonge dans l’univers des sectes via une enquête sur un incendie criminel. Dans le Dragon Rouge, c’est la mafia chinoise de Vancouver qui est scrutée à la loupe à la suite du meurtre d’un policier. Finalement, avec Mort blanche, un accident survenu pendant une avalanche nous permet d’appréhender le petit monde branché des skieurs de Whistler sous un jour nouveau.


Ces quatre enquêtes se déroulent l’une après l’autre, dans une chronologie en temps réel qui s’étend de septembre à novembre. Chaque titre peut cependant être lu séparément sans que le lecteur se sente perdu.

Les mordus seront heureux d’apprendre que l’auteure, qui habite maintenant l’Irlande du Nord, travaille à l’écriture des prochains tomes. Une douzaine de titres sont prévus, révélant peu à peu le mystérieux passé de son héroïne, dont les énigmatiques et rares indices disséminés ici et là, attisent toujours un peu plus notre curiosité d’un livre à l’autre.


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